Le monde de la photographie numérique véhicule un certains nombre de rumeurs ou de pratiques qui n’ont pour justification que des habitudes issues de l’argentique ou des débats techniques sans réels fondements. Le vrai du faux décortique ce qui peut-être retenu de ces techniques et de ce que l’on peut en faire.


Vraies et fausse pratiques en photo

Le filtre protecteur, un leurre ?

Certains photographes s’évertuent à recommander le filtre UV en guise de protection ultime et permanente. Décortiquons le vrai du faux.

Non : Le filtre UV ne vous sera d’aucune utilité en cas de chute de votre objectif et il ne le sauvera pas de la casse. Pour un usage ordinaire, le pare-soleil et le bouchon d’objectif protègent votre lentille des frottements et des rayures. Un bon entretient de l’objectif limite les dégâts avec un dépoussiérage de la lentille frontale avant tout nettoyage. Dans ces conditions à quoi bon équiper son objectif d’un superflu inutile, coûteux et inutile en terme de qualité d’image avec des risques de reflets supplémentaires ? N’utilisez pas de filtre UV pour photographier à contre-jour ou la nuit !

Oui : l’utilisation du filtre UV est recommandé lorsqu’il y risque de projection (sable, sel, boue, farine…). Vissez ce filtre protecteur si vous embarquez sur un voilier avec des risques d’embruns, si vous photographiez une course de moto-cross ou de VTT, une fête animée comme un carnaval avec des projections… Vous pourrez également protéger votre appareil avec un sac plastique.

Remarquez que j’ai cité le filtre UV car il est plus neutre que le « Skylight » (légèrement rosé) qui filtre aussi les UV. Si vous devez utiliser un filtre de protection, ne lésinez pas sur la qualité et donc le prix. Enfin l’utilisation du filtre UV ou Skylight est un peut démodée face aux améliorations possibles avec les logiciels de retouche.

Le front et le back focus, mythe ou réalité ?

Le front ou le back focus est un défaut de mise au point qui affecte certains systèmes autofocus des reflex. On parle d’un décalage de mise au point constante selon une combinaison boîtier et objectif. Il affecte tout d’abord des objectifs particulièrement lumineux. Avant d’accuser un défaut matériel réalisez bien qu’un micro réglage de votre appareil répond à certaines exigences de tests et que le décalage se constate avec la réalisation de plusieurs  prise de vues sur trépied, à l’aide d’une mire de contraste, avec un seul collimateur et à une distance raisonnable selon la focale de l’objectif. La technique peut être longue et fastidieuse. Avant de toucher à l’ajustement précis de l’AF, assurez-vous que vos éventuels flous ne soient pas dus à votre méthode de mise au point.

Strobisme ou snobisme ?

Le strobisme apparaît comme un véritable courant artistique pour certains photographes ou comme une simple utilisation du flash déporté pour les autres. La technique est largement abordée dans les forums consacrés au sujet et quelques fabricants se sont engouffrés dans le mouvement pour proposer des kits à des prix prohibitifs et injustifiés. L’origine du strobisme (strobist en anglais) consiste pourtant à acheter le minimum d’accessoires quitte à les inventer au besoin.

A l’inverse de l’utilisation du flash déporté en TTL, le strobisme suggère d’utiliser un flash manuel et d’en contrôler l’éclairage, au besoin, à laide de modificateurs de lumière (modifiers en bon anglais). Les « modifiers » peuvent être des gélatines colorés (simples feuilles d’intercalaires translucides), des caches et des coupe-flux bricolés dans du carton noir, des diffuseurs ou des boîtes à lumière, un snoot (simple cône destiné à limiter la zone d’éclairement du flash), une grille nid d’abeille et bien d’autres inventions maison (passoire, rappe à fromage, stores…).

Le strobisme reste un moyen d’expression où le photographe tente d’apporter un effet particulier avec la lumière du flash. Le résultat donne des images sophistiquées et modernes avec un effet adapté pour les photos de mode. Pratiquer le strobisme c’est expérimenter. Pour commencer partez léger (avec un seul flash par exemple) en apportant votre touche personnelle. Tentez des éclairages les audacieux (par dessus, par dessous, à 90° en contre-jour…). Tout peut y passer du portrait à l’objet, grand ou petit. Amusez-vous à peindre avec la lumière.

Bon à savoir :

  • Le strobeur préfère bricoler ses accessoires et utiliser le flash manuel et contrôler l’effet en variant sa puissance.
  • Le strobeur travaille généralement sur trépied.
  • Tout utilisateur de flash de studio est un strobiste qui s’ignore.
  • Le strobisme peut se pratiquer avec presque toutes les conditions de lumière et surtout les mauvaises.
  • Bien utilisé, le strobisme peut remplacer le HDR dans certaines situations.
  • Le strobeur aime travailler dans des endroits ou avec des ambiances insolites.
  • Trop de strobisme tue le strobisme la technique est donc à manier avec subtilité.
  • La bible du strobisme s’appelle « Lightering 101 » (traduite en français au format PDF) mais la version 102 est plus récente.
  • Le strobisme c’est comme le yoda mais sa force c’est la lumière. Que la lumière soit avec et en toi !
  • Attention à force de penser strobisme on en devient accroc !

En conclusion le strobisme ce n’est pas du snobisme : on aime ou on n’aime pas.

En portrait il faut toujours faire la mise au point sur l’œil…

Voici une affirmation mainte fois entendue, alors vrai ou faux ?

Du point de vue de la composition, l’œil est le point d’intérêt d’un portrait, qu’il soit positionné sur un point fort de l’image ou non. La netteté de l’œil est donc recherchée. D’un point de vue technique et de face, l’œil se positionne à bonne distance pour répartir la profondeur de champ du nez aux oreilles.

Le « toujours » comporte, en photographie comme ailleurs des exceptions. Il reste utile de bien gérer la netteté avec une faible profondeur de champ et donc avec des objectifs très lumineux comme par exemple un 85 mm F/1,8 ou 1,4. Le gros plan du visage rend possible la mise au point sur l’œil en AF-S (OneShot) et un collimateur sélectif. Les systèmes AF modernes proposent la détection des yeux avec la priorité à l’œil gauche ou à l’œil droit. Plus le photographe réalise un plan lointain ou un plan d’ensemble avec un objectif à ouverture moyenne et moins la règle devient applicable ou essentielle.

Ma conclusion est que mise au point sur l’œil… ce n’est pas systématique !

Une belle photo doit respecter la règle des tiers

Cette affirmation circule largement à travers les sites Web et les différents ouvrages. Tout d’abord la règle des tiers est un principe de composition et non une règle absolue. Elle doit son origine à la peinture et elle dynamise  la composition des images 24×36 ou au rapport 3/2. Le point central d’un rectangle donnant une sensation statique et monotone, il est donc d’usage de décentrer l’élément principal de la composition sur une ligne ou un point fort de cette règle. Mais il existe bien d’autres règles ou méthodes pour varier les compositions : nombre d’or, triangle, diagonale…

Il est heureux que tous les cadrages et que tous les sujets ne répondent pas à une même mise en valeur. Dans certains cas la symétrie, la composition minimaliste où très excentrée seront parfaitement acceptées et justifiées.

En conclusion on peut dire que la règle des tiers est faite pour être apprise et pour se faire oublier, le moment venu.

Il faut imprimer à 300 Dpi

Pour rappel, la résolution d’impression détermine la taille en cm de l’impression selon la définition de l’image (taille en pixels). Notre œil a une résolution proportionnelle à la distance d’observation. A courte distance une résolution est plus élevée qu’à 1 mètre de distance. La résolution finale est également le résultat d’une imprimante et d’un support : papier brillant, texturé ou toile. A cela s’ajoute le fait que l’imprimante n’imprime pas directement des pixels. Disons tout de suite que pour la plupart d’entre nous une résolution d’impression de 240 Dpi reste suffisante pour une observation normale à 30 cm. La « norme » des 300 Dpi est relative; elle est issue du monde de l’imprimerie professionnelle (technique OFFSET et non jet d’encre). A définition égale, la résolution pourra être augmentée pour les petits tirages (disons 600 dpi) et diminuée pour les posters (jusqu’à 200 Dpi ou même moins), en acceptant de ne pas coller son œil au tirage. Pour adapter la résolution au format de sortie, le tireur a la possibilité de ré-échantillonner l’image en réduisant ou en augmentant artificiellement le nombre de pixels de l’image On pourrait passer des heures à vanter les mérites de telle ou telle technique, de tester les différents algorithmes de ré-échantillonnage. Le tireur chevronné trouvera le compromis idéal entre les fameux 300 Dpi préconisés et la capacité à modifier définition et la résolution pour un résultat optimal. Au final le niveau de détail de l’image et les conditions d’observation du tirage conditionnent le choix d’une résolution de sortie. Sur ce point on ne peut que se féliciter que certaines applications ou logiciels gèrent cet aspect de façon automatique et transparente.

Si vous devez gérer la résolution de sortie ne vous en tenez pas seulement aux 300 Dpi !

Plus il y a de pixels mieux c’est

Dans la suite de la résolution on voit qu’une image disposant de beaucoup de pixels offre un meilleur taux d’agrandissement. Rares sont ceux qui dépassent l’agrandissement du 20×30 ou du 40×60 cm. A quoi bon disposer d’un appareil de plus de 24 millions de pixels ? Au chapitre des inconvénients vient la qualité de l’optique utilisée qui doit avoir un meilleur pouvoir séparateur et un piqué homogène au centre comme au bord de l’image. A cela s’ajoute une plus grande précision dans la mise au point et une plus grande sensibilité au flou de bougé. Heureusement les stabilisations de dernières génération sont plus efficaces. Ces optiques sont plus onéreuses. Enfin l’augmentation du nombre de pixels sur un capteur de même taille produit des photosites plus petits, donc moins sensibles à la lumière. Le niveau de bruit doit être plus efficacement contrôlé.

Si vous ne produisez pas des images en très haute définition destinées à être fortement agrandies, l’avantage de la très haute définition réside dans la possibilité de recadrer fortement vos images, ce qui peut être intéressant pour certains domaines photographiques. Remarquez que je n’ai pas mis en avant le poids des fichiers plus volumineux, surtout en Raw. Cela ne sera un véritable handicap que si vous voulez exploiter pleinement une prise de vue en continu et en rafale à cadence élevée. La capacité des stockage des cartes mémoire ou des disques durs ne sont plus vraiment un problème aujourd’hui.

Il ne faut jamais utiliser la fonction l’ISO automatique

La fonction ISO Auto est souvent critiquée à tors ou à raison. Comme tout automatisme cette fonction est utile pour assister le photographe et gagner en efficacité.  Choisir soi même la valeur ISO est le « luxe » du photographe qui travaille dans une situation connue et stable. Lorsqu’il est confronté à des situations de lumière changeantes la fonction ISO Auto revêt tout son potentiel. On reprochera à l’automatisme une forte montée en ISO en cas de faible lumière et donc une montée du niveau de bruit. En fait l’appareil tentera d’utiliser la règle de l’ISO bas tant que possible. De plus il est possible de définir une cible ISO maxi et vitesse d’obturation minimum de sorte à conditionner le comportement de cette automatisme. A vous de fixer les règles ! Vous pouvez toujours comparer les résultats obtenu par la fonction ISO Auto avec votre propre réglage, le but étant d’éviter le flou de bouger avec les prises de vues réalisées à main levée. La fonction ISO automatique reste cependant à proscrire pour réaliser les filés ou avec l’utilisation d’un trépied pour les photos de nuit.

La stabilisation c’est toujours mieux

La stabilisation réduit le risque de flou de bougé avec les photographies réalisées à main levée. Les systèmes les plus récents sont plus efficaces voire automatiques. Il reste cependant conseillé de désactiver la stabilisation avec la prise de vue sur trépied. La stabilisation est obtenue avec un déplacement des lentilles ou le capteur (ou les deux) à haute fréquence. Lors d’utilisation de vitesses rapides la capture risque d’enregistrer cette brève instabilité; il est conseillé de désactiver la stabilisation avec une vitesse d’obturation élevée (disons à partir du 1/1000ème de seconde). Lorsqu’il est possible de contraindre la stabilisation dans le sens horizontal seulement l’utilisation d’une vitesse lente permettra de réaliser un beau filé d’arrière plan. Dans le cadre d’un usage général, la stabilisation est recommandée. La stabilisation sera gérée en fonction de la situation de prise de vue selon que l’on soit un photographe animalier, de sport et d’action ou de studio (avec trépied).

Le 50 mm correspond au champ de la vison humaine

Il est d’usage de dire que l’angle du 50 mm correspond grosso-modo au champ de la vision humaine. Je laisse les experts évaluer la situation, certains dirons que c’est la focale de 45 mm qui correspond le mieux. Il s’agit de la focale pour le 24×36 ou le plein format. En fait le champ de vision varie si vous gardez les deux yeux ouverts ou si vous en fermez un. Il faut ensuite regarder un point fixe car notre œil a tendance à « papillonner » ou à aller chercher un détail dans la scène regardée. Il est donc difficile d’établir une norme absolue. Au mieux vous apprendrez à vous adapter au champ de vision de votre objectif. Quoiqu’il en soit, la focale standard ne provoque pas d’effet particulier sur la perspective ou les déformations. Il faut bien entendu s’adapter au cadre. En dehors du fait qu’une focale de 50 mm fixe est lumineuse, légère et abordable, son usage revêt un caractère d’exercice enrichissant voire indispensable selon certains photographes.

Il faut toujours éviter de sous-exposer ses images

Combien de fois avez-vous entendu « il faut exposer ses images à droite » (sous-entendu de l’histogramme). En effet éclaircir une image en post-production n’apporte que des désavantages : montée de bruit, effet de bandes, couleurs ternes… Certains boîtiers sont par ailleurs « calés » en légère surexposition dans ce but. Oui mais… l’exposition participe au processus de création de l’image et il existe des cas de figure ou la sous-exposition donne l’ambiance générale à l’image : low key, contre-jour etc… Enfin l’histogramme est basé sur un aperçu JPEG de l’image, il n’est donc pas le reflet correct de l’exposition finale après développement d’un fichier RAW. Sachez flirter avec la limite des hautes lumières brûlées sans en faire une règle absolue. La mise en surbrillance des hautes lumières cramées est une fonction complémentaire à l’histogramme; certains appareils permettent de choisir le seuil d’écrêtage.

Le mode AF-S conditionne l’exposition

Rappelons que le mode AF-S ou OneShot (chez Canon) mémorise la mise au point et l’exposition au moment du cadrage initial par simple pression à mi-course sur le déclencheur, avant recomposition de l’image dans le cadre. Selon le type de mesure de lumière choisi l’exposition peut être privilégiée sur une zone ou une gamme tonale de l’image. Vous constaterez vous même les résultats selon l’appareil utilisé, certains systèmes étant plus sensibles que d’autres à ce mode de fonctionnement. Plus la zone de mesure de lumière sera réduite et plus l’effet sera visible. Enfin vous pouvez paramétrer le comportement du mode AF-S, l’associer ou le dissocier de la mémorisation de la mesure de lumière pour utiliser la touche AF/AE Lock par exemple. Chacun trouvera à personnaliser son boîtier selon sa discipline : portrait, paysage, architecture…